UA-57511743-1

ÊTRE UN BON PERDANT, C'EST PARFOIS DIFFICILE

 

Les jeux coopératifs débutent vers 4 ans et amènent l’enfant à entrer en relation avec les autres. Les jeux de société, qu’ils comportent des règles très simples comme celui « d’échelles et serpents » ou plus complexes, développent des habiletés pro-sociales (faire une demande aux autres, respecter les règles du jeu, partager des tâches, attendre son tour, etc.), exercent diverses habiletés (jugement, stratégie, etc.) et créent un sentiment d’appartenance au groupe grâce au plaisir partagé. La plupart des jeux se terminent par des avantages pour certains et des désavantages pour d’autres : parfois on gagne, parfois on perd...

 

Un double discours 

 

Beaucoup de jeux de société sont organisés autour d’un enjeu qui amènent les joueurs à entrer en compétition, par conséquent, où certains vont gagner et d’autres perdre. D’autre part, l’enfant apprend très rapidement qu’il vit dans une société de compétition où seuls les gagnants sont valorisés. Gagner, c’est avoir « plus » : plus d’approbation des autres, plus de pouvoir, plus de popularité, plus de chance, plus d’habiletés, etc. Perdre est associé à l’inverse à une situation inférieure : moins de considération des autres, moins de chance, moins d’aptitudes à ce jeu, etc. Dans ce contexte, il est difficile d’accepter de perdre. Les adultes eux-mêmes ont souvent du mal à gérer la perte, quelle qu’elle soit.

 

Attention de ne pas tenir un discours contradictoire à l’enfant en disant que  « l’important est de participer » puis en annonçant 30 minutes après  « Le premier qui est assis à la table aura un collant ! »…

 

Les réactions de l'enfant qui perd

 

Certains enfants refusent de terminer le jeu lorsqu’ils pressentent qu’ils vont perdre ou sont extrêmement frustrés lorsqu’ils perdent et éclatent alors en de violentes crises de colère, détruisent ou lancent les objets du jeu, pleurent ou se retirent dans une bouderie obstinée. Ces réactions traduisent un sentiment d’échec et une difficulté à accepter la diminution de statut, d’estime de soi, voire l’exclusion amenée par la perte. Ces réactions dérangent l’adulte qui incite souvent l’enfant à être « plus raisonnable ». Comment aider l’enfant à surmonter ce pénible malaise?

 

• Acceptez que l’enfant a le droit d’être frustré, fâché, malheureux de cette situation. Reconnaître ce qu’il ressent est important, dire « Oui, tu es déçu d’avoir perdu à ce jeu » ou « Tu es fâché de ne pas avoir eu de chance » permet d’abaisser la pression intérieure ;

 

• Vous êtes un modèle ! Si les adultes autour de lui ne mettent pas un point d’honneur ou une importance démesurée au fait de gagner comme étant plus désirable que de perdre mais plutôt au plaisir tiré de l’activité, l’issue du jeu aura moins d’importance pour l’enfant ;

 

• Veillez à ce que le jeu auquel joue votre enfant ne soit pas trop difficile pour son âge. De même, lorsque les joueurs ne sont pas tous de force égales, suggérez qu’il y ait un handicap pour les joueurs les plus forts ou un avantage pour les joueurs les plus petits ou les moins expérimentés ;

 

• Certains jeux dépendent du hasard et non des habiletés du joueur.  Si l’enfant a perdu à un jeu de ce type par exemple le jeu d’échelle et serpent, lui expliquer que ce jeu ne veut pas dire qu’il n’est pas bon puisque c’est un jeu qui dépend du hasard.  Lui dire « Tu n’as pas eu de chance cette fois, peut-être en auras tu la prochaine fois. » D’autres jeux dépendent de l’habileté du jouer, par exemple dans le jeu de mémoire l’enfant ayant la meilleure mémoire a des atouts pour gagner.  Dans les jeux de ce type faire voir à l’enfant que chaque partie perdue est comme une pratique lui permettant d’améliorer l’habileté requise, un peu comme aux hockey ;

 

• Suggérez à l’enfant des alternatives comportementales, par exemple, s’il perd au jeu, il peut féliciter le gagnant en lui donnant la main.  Montrez aussi à l'enfant gagnant à ne pas narguer ses camarades, bref à être un "bon" gagnant aussi!

 

• Une responsable de service de garde a montré à tous les enfants de son groupe à donner la main à chacun des partenaires de jeu, la fin de chaque jeu, en disant «Bravo, tu as bien joué!» ou "Merci d'avoir joué avec moi".  Résultat : plus de crises pour avoir perdu et une meilleure estime de soi de chacun !

 

• Cherchez des jeux coopératifs où personne ne gagne au détriment de l’autre. Un casse-tête collectif, par exemple, permet à chacun de participer au jeu et de tirer une satisfaction individuelle et une fierté collective d’avoir complété le casse-tête ;

 

• N’utilisez pas trop la compétition entre les enfants. Au lieu de dire : « Voyons qui sera couché le premier! » dites plutôt : « Je règle la minuterie à 5 minutes et voyons si vous pouvez tous être au lit avant la sonnerie. » Au lieu de les laisser faire la course pour qui va avoir la seule balançoire, ce qui stimule la rivalité, donnez à chacun des enfants son tour à l’aide d’un minuteur ;

 

• Parlez-leur régulièrement de l’importance que représente pour vous l’entraide et le plaisir de s’amuser pour s’amuser, sans avoir toujours un enjeu ;

 

• Travaillez l’estime de soi de l’enfant mauvais perdant. C’est souvent un enfant qui se tient un discours dépréciateur quand il perd. 

 

• Jouez avec les enfants et faites-leur remarquer le plaisir éprouvé durant le jeu afin qu’ils constatent que le plaisir du jeu ne réside pas seulement dans son résultat.

 

• Lisez aux enfants des petits livres de modélisation comme "Benjamin le champion" aux Éditions Sholastic ou "Max n'aime pas perdre" aux Éditions Calligram